Advanced Bionics Europe

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Branchement de l’implant
 
Le 17 juin, j’ai rendez-vous à Avicenne, avec le Docteur Ormezzano, ORL, audiologiste, pour le branchement de l’implant avec son processeur, cinq semaines après l’opération. C’est pour moi un moment important. Au bout d’une heure de réglages environ, mon oreille droite se trouve réactivée. Je distingue peu à peu ce que me dit mon interlocuteur. Mais le son de ma voix me déroute totalement. Il me faut faire connaissance avec elle, comme avec une inconnue, et apprendre à l’apprivoiser.
En quittant l’hôpital, alors que je remonte dans ma voiture et que je mets le moteur en marche, soudain j’entends du jazz, avec l’autoradio… Quelle émotion ! Depuis bien des mois, je ne percevais plus que du bruit, toujours la même rengaine. J’avais fini par m’habituer à ce fond sonore monotone. De pouvoir distinguer simplement une ligne mélodique et reconnaitre divers instruments…j’en aurais pleuré de joie, tellement c’est beau !
Dans 8 jours, le second réglage permettra d’augmenter la puissance de l’appareil. En attendant, je savoure le bonheur de commencer une reconstruction auditive. Dès l’après-midi, je prends le métro et fais quelques courses dans les Grands Magasins, pour me plonger dans l’univers sonore de la capitale. Je prends plaisir à m’adresser aux vendeuses, comme pour leur prouver que je les comprends. Mais c’est surtout à moi que j’en apporte la preuve.
Le soir, au cours du dîner en famille, je suis tant bien que mal les conversations, ce que je ne faisais plus depuis longtemps. Je vais bientôt parvenir à reprendre ma place dans les échanges. Et non plus me limiter à des bribes d’information que je glanais par-ci par-là, comme je le pouvais.
Le lendemain, j’ai passé une partie de l’après-midi avec mes amis de la Cité des Poètes, en plein air, dans le parc Montreau, à Montreuil, à l’occasion de la fête de la ville. Ambiance de kermesse, populaire, chaleureuse et bon enfant. Albert et Myriam sont là, heureux de me retrouver enfin « branché », me questionnant sur mes nouvelles capacités auditives. Malgré l’affluence et le brouhaha de la foule, nous arrivons à communiquer sans trop de difficultés. Comme je n’osais le faire, ils m’invitent à prendre à mon tour le micro, pour y dire un de mes poèmes. Je suis rentré chez moi, grisé par ce bain de foule et d’amitié. Et quelque peu étourdi par l’ambiance sonore et les efforts fournis pendant plus de deux heures. Mais j’étais absolument ravi.
Quelques jours plus tard, alors que j’écoutais chez moi des CD de Brassens, pour faire travailler mon oreille, je me suis tout d’un coup mis à chanter, en écoutant « Margot ». Ce fut plus fort que moi. J’étais transporté par la musique et les paroles. Et une foule de souvenirs de jeunesse. A l’époque on aimait chanter en groupe, pour le plaisir. Voilà que je retrouvais ces sensations d’autrefois, très fortes, et qui revenaient par vagues. D’ailleurs cette métaphore convient bien, pour exprimer ce que je ressentais ces jours-ci.
La surdité c’est comme une plage à marée basse. La mer s’est retirée au loin, jusqu’à disparaître. Quelques rochers épars affleurent à la surface de ce désert de sable. Mais voilà que la mer revient. Prenant son temps, vague après vague, elle remonte le rivage, grignotant la pente inexorablement. Et de temps en temps, une vague plus audacieuse s’élance plus haut et vient caresser par surprise le pied de celui qui regardait la marée montante. En voici un exemple :
Le 27 juin, branché depuis 10 jours, je me rendais en voiture chez Mireille, pour prendre le thé et parler de poésie. J’entends alors avec l’autoradio le flash d’information de 16 heures. Et pour la première fois depuis l’automne je comprends une bonne partie des nouvelles. Les paroles ne sont plus du bruit insignifiant. Voilà qu’elles reprennent leur sens.
Entretemps, je me suis rendu le 21 juin à la convocation du Docteur Manfredi, ORL agréé par la DDASS. Après l’examen de mon dossier médical, ce médecin m’a conseillé de bien profiter de tout ce temps libre pour travailler à reconstruire mon audition dans les meilleures conditions. Il m’a déclaré ne pas être favorable à une reprise trop rapide du travail, qui me causerait fatigue et stress, et m’empêcherait de faire quotidiennement les exercices nécessaires pour retrouver progressivement une bonne compréhension. Il m’a précisé qu’il ne souhaitait pas que je reprenne le travail avant trois mois, c'est-à-dire, au plus tôt à partir de la mi-août. Quelques semaines plus tard, un courrier de la DDASS m’informait que mon dossier passerait en commission le 26 juillet et que je recevrais la notification de la décision par l’intermédiaire de mon administration.
Ma « renaissance » auditive est en marche depuis le 17 juin, jour du branchement de l’appareil. Je suis passé maintenant à trois séances d’orthophonie par semaine. Le travail principal a changé, la lecture labiale passant au second plan. Je m’efforce de comprendre des séries de mots que prononce l’orthophoniste. Uniquement grâce à l’implant. Sans utiliser le contour d’oreille, à gauche. Au début, je ne comprenais qu’un mot sur dix, en moyenne. Avec le temps, la fréquence augmente lentement. Passant à deux, puis trois mots sur dix. Heureusement, Madame Léone, mon orthophoniste, m’encourage et me félicite pour ces progrès, que je trouve bien modestes à mon goût. Chez moi, avec l’aide de ma famille, je retravaille ces listes de mots. Je lis des textes à haute voix. J’écoute souvent les chansons de Brassens, ainsi que les journaux télévisés de 13h et 20h, pour parvenir à comprendre petit à petit le contenu des informations. Pour l’instant, les voix off sont difficiles à saisir. Je comprends mieux, en voyant le visage de celui qui parle, grâce à la lecture labiale. La troisième séance hebdomadaire d’orthophonie se passe à Avicenne avec Mme Toffin, qui évalue les progrès réalisés d’une semaine sur l’autre, et repère les difficultés que je rencontre. Elle peut ainsi donner des indications pour les réglages à venir. Elle me conseille sur la façon de travailler à la maison.  Par exemple, en empruntant à la bibliothèque municipale des enregistrements d’œuvres lues par un comédien, que j’écoute et, si je n’arrive pas bien à comprendre la voix du comédien, j’ai également le texte sous les yeux. Mon amour pour la poésie m’a fait choisir pour commencer « Alcools » de Guillaume Apollinaire (comme par hasard !) dit par Daniel Gélin. Je dois avouer que c’est loin d’être évident. L’important c’est de varier le plus possible les exercices, pour éviter la monotonie, et de toujours privilégier ceux qui nous plaisent – la notion de plaisir contribue à la réussite de l’entreprise.
 
22 Juillet. Branché depuis 5 semaines, j’ai rendez-vous ce matin à Avicenne pour mon 1er test d’évaluation musicale, avec Madame Julie Bestel, qui travaille pour le fabricant de mon implant. Le Clarion, de chez Bionics, est l’implant que l’équipe propose à ceux qui aiment particulièrement la musique. Pendant près de deux heures, j’ai répondu à une batterie de tests, qui ont montré que j’étais plutôt performant dans la reconnaissance musicale. Cela m’a rassuré, car j’avais l’impression d’avoir beaucoup perdu de ce côté-là. Prochain test dans deux mois, qui sera suivi de 4 ou 5 autres, échelonnés le long de l’année.
Après les tests, le docteur Ormezzano a procédé à un nouveau réglage de l’appareil, en tenant compte des indications fournies par Madame Toffin, mon orthophoniste. Il a notamment bien amplifié le volume des aigus. A nouveau ma voix a changé, mais j’ai l’habitude à présent. Ce jour-là, j’ai remarqué une amélioration sensible dans la bonne compréhension des paroles, malgré un rhume qui depuis quelques jours me donne l’impression de ne pas progresser.
 
A suivre…
 

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