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L’hospitalisation
 
Le 11 mai 2005, je suis entré à l’hôpital Avicenne. Une fois bien installé dans ma chambre, j’ai lu tout l’après-midi. Je me sens bien, tout à fait détendu. Je dine de bon apétit. Ensuite la douche. Et je reprends la lecture. A 22 heures, je m’endors.
 
Jeudi 12 mai. Le Jour J.
 
Vers 6 heures, on me réveille pour la douche. J’ai très bien dormi. J’enfile la tenue des opérés, jaune en haut, les manches enfilées par devant, comme chez mon coiffeur, bleu pour le pantalon. Un couvre-tête et des chaussons. Je suis fin prêt, en pleine forme. Pour m’occuper, je continue la lecture du dernier roman de Daniel Picouly, que m’a conseillé ma libraire, « Le cœur de craie ». Plein d’humour, c’est trop drôle. Commencé hier soir, je le dévore. Cela évite de penser à l’opération, ainsi qu’au petit déjeuner que je ne prends pas. A 7h30, on me donne un cachet, sans doute pour me détendre. Mais je suis parfaitement détendu. 7h45, on vient me chercher. Je quitte la chambre sur un lit à roulette. Au 5ème étage, je stationne près de l’entrée du bloc opératoire. J’observe autour de moi avec curiosité. C’est une première opération. Je ne veux rien perdre de ce que je peux voir. Et J’attends…
 
…je fais un effort pour tâcher d’ouvrir un œil. Où suis-je ? quand est-ce qu’on m’opère ? J’ouvre l’autre œil…Mais, c’est la salle de réveil ? Quoi ! Déjà opéré ? C’est frustrant. Pas le temps de dire Ouf ! Je ne me suis rendu compte de rien. Je n’ai vu personne, ni le professeur Frachet, ni l’anesthésiste, ni les infirmières, … Quelle heure peut-il bien être ? Fin de matinée ? Ou début d’après-midi ? En tout cas, voilà, c’est fait ! Et je n’ai même pas mal. Je fais des efforts pour garder les yeux ouverts. Réveille toi, mon gars ! Tu es en salle de réveil. Il y a là toute une équipe qui s’affaire autour de plusieurs lits, avec des opérés comme moi. A plusieurs reprises, quelqu’un se penche vers moi pour me demander si ça va. Sans mes prothèses, je n’entends rien. Mais je lis la question sur ses lèvres. Oui, ça va ! Alors, au bout d’un certain temps, on me reconduit dans ma chambre. Installé dans mon lit, détendu, je m’endors. A plusieurs reprises, je me réveille, puis me rendors presque aussitôt, en me disant : Qui dort dîne. Je finis pourtant par décider de me lever. Je cherche ma montre : il est 16h30. J’enfile un pantalon et fais quelques pas. Aucun vertige. Tant mieux ! Juste, par intermittence, quelques acouphènes légers, à droite, du côté implanté. Et pas la moindre douleur. J’ai du mal à croire que je viens d’être opéré. Pour mieux m’en convaincre, je vais me regarder dans la glace des toilettes à côté. Ce gros bandage tout autour de ma tête me prouve bien que je ne rêve pas. Je me sens tellement en forme qu’on viendrait me dire : « vous pouvez sortir », je rentrerais tout de suite chez moi. Quelle chance j’ai !
 
Alors, mettons nous au travail ! J’écris sans tarder le déroulement de cette journée, pour n’en oublier aucun détail, et aussi pour tromper ma faim et ma soif, car je suis à jeun depuis hier soir. Une infirmière vient me dire que ma femme a téléphoné pour prendre de mes nouvelles et qu’elle passerait me voir demain en quittant le travail.
Vers 18h, un médecin vient m’annoncer que l’opération s’était déroulée sans aucun problème – tant mieux ! Mon unique question : « Puis-je boire un verre d’eau ? » - « Bien sûr », me dit-il. Du coup, j’en bois deux…
C’est délicieux ! Voilà que la faim me tenaille à présent. A 19h45, n’y tenant plus, je sonne l’infirmière. Heureuse initiative. On avait tout simplement oublié de m’apporter mon plateau repas. Mais après 24 heures de jeûne, mon estomac, lui, n’avait pas oublié. Je dévore comme un ogre ce repas frugal à mon goût : Velouté de tomate - Bœuf mouliné (ne pas mastiquer) - Pâtes alphabet - Petit suisse – semoule caramel – Pain de mie. Après ça, je me sens en grande forme. Un peu de lecture. Et je m’endors comme un bienheureux.
 
Vendredi 13 Mai
 
Après une nuit agréable, où j’ai dormi près de 9 heures, je prends mon petit déjeuner de bon appétit.
Vers 9 heures, on me retire les perfusions. J’apprécie d’être libre de mes mouvements. A 10h, on vient me chercher pour passer une radio, avec un fauteuil roulant. N’éprouvant aucun vertige, je préfère y aller à pied car depuis 36 heures je n’ai guère eu l’occasion de marcher. On me fait plusieurs radios de la tête.
De retour dans ma chambre, l’infirmière m’annonce deux bonnes nouvelles : ma femme passera en début d’après-midi. Et je pourrai sortir dès demain., ou dans 2 jours au plus tard. On me refait mon pansement.
Après le déjeuner, j’ai de la visite : Madame Sibony, psychologue – Mme Poncet, ORL – puis le professeur Frachet, que je remercie. Je lui confie que je n’ai même pas l’impression d’avoir été opéré la veille, tellement je me sens bien. Il me dit qu’il reviendra dans l’après-midi pour me montrer la localisation de l’implant sur les radios.
Ensuite, j’ai la visite de ma femme, qui est ravie de me trouver en si bonne forme et d’apprendre que je pourrai sortir bientôt. A 16h, le professeur Frachet revient avec mes radios, où je peux voir distinctement l’antenne avec son aimant, l’implant et les électrodes qui vont jusque dans la cochlée. C’est plutôt impressionnant.
A 18h, on vient m’annoncer que je pourrai sortir demain. J’ai la chance de n’avoir aucune des complications qui se manifestent parfois dans ce genre d’opération : ni vertiges, ni nausée, ni malaise, ni acouphènes, ni douleur, …
Rien de tout cela. C’est génial !
Il est 19h, avant de quitter l’hôpital pour la durée du week-end, le professeur Frachet revient me souhaiter une bonne sortie et me donne rendez-vous dans 10 jours pour un examen de contrôle. A nouveau, je le remercie très cordialement.
Dîner – Lecture – et je m’endors vers 22h.
 
Samedi 14 Mai
 
A nouveau, j’ai dormi 9 heures.
Une fois levé, on vient voir si je suis apte à sortir aujourd’hui : température, tension. C’est bon.
Après le petit déjeuner, l’interne passe et me donne l’autorisation de quitter l’hôpital aujourd’hui.
L’infirmière me refait mon pansement.
Et moi, je fais une valise.
Ma femme vient me chercher.
Je quitte l’hôpital deux jours après l’opération.
C’est inespéré.
Pour éviter que les gens du voisinage ne s’inquiètent en me voyant la tête bandée, Brigitte, ma femme, m’a apporté un bonnet de laine, comme on en met pour faire du ski. C’est plus discret, et comme le temps est plutôt frais pour un mois de mai, cela n’attire pas l’attention.
-« Tu ressembles à Apollinaire », me dit Brigitte. Sur le moment, je trouve le rapprochement plutôt flatteur. Mais je réalise très vite qu’elle ne fait pas allusion à mon talent poétique, mais qu’elle évoque le dessin où Picasso a représenté son ami poète la tête bandée, à la suite de sa blessure provoquée par un éclat d’obus, reçu dans les tranchées, en 1916.
« Papa, tu ressembles au commandant Cousteau », me dit Etienne. C’est bien observé. Lorsque je mets le fameux bonnet de laine, pour empêcher le pansement de glisser, je ressemble, en effet, à Cousteau. D’ailleurs, n’a-t-il pas écrit « Le monde du silence », que j’ai lu dans ma jeunesse ? Mais aujourd’hui, ce titre évoque plutôt pour moi l’univers de la surdité, d’où je m’apprête à sortir.
Comme je suis heureux d’être de retour à la maison ! Tout se passe à merveille. J’ai bon appétit. Je dors bien. J’occupe mon temps à écrire et envoyer des messages sur internet à la famille et aux amis, qui sont tout surpris d’apprendre que j’ai déjà quitté l’hôpital.
Le 24 mai, je retourne à l’hôpital Avicenne. D’abord on retire les fils. Je vais pouvoir enfin me laver la tête. La cicatrice est belle. On m’a coupé très peu de cheveux, juste le nécessaire, si bien qu’on ne voit aucune trace de l’opération. C’est vraiment du travail d’artiste. Quand je passe la main derrière l’oreille droite, je sens l’implant à peine perceptible sous la peau. Les premiers jours, c’était assez sensible à cet endroit. A présent, je ne sens plus rien. Pas la moindre douleur, ni la moindre gêne. Ce même jour, j’ai revu le professeur Frachet, qui a constaté que tout se passait parfaitement bien. Il a fixé le branchement au 17 juin. Une reprise du travail, avec un mi-temps thérapeutique de trois mois, est alors envisagé.
Je retourne voir mon orthophoniste, afin de continuer l’apprentissage de la lecture labiale, à raison de deux séances de 45 minutes par semaine. Je profite de ma convalescence pour mettre les bouchées doubles.
Et puis je sors tous les jours dans Paris, me balader, visiter des musées, des expositions, voir des films en version originale. Dans la capitale, on est vraiment gâté ! Profitons-en !
Je reprends également les séances de yoga. Ce qui me fait le plus grand bien, même si je n’entends pas le professeur. Il me parait important de reprendre dès que possible le rythme normal de la vie, car les quatre à cinq semaines qui séparent l’opération du branchement sont délicates à vivre, étant donné que durant cette période on entend encore moins bien qu’avant. Avec humour, je me dis que l’opération a relégué mon oreille droite au magasin des accessoires, mais cependant elle continuera de me rendre d’inestimables services, comme par exemple de tenir mes lunettes et le processeur de mon implant, ce qui n’est pas rien.
Le 7 juin, je retourne à Avicenne, où se tient la réunion mensuelle de l’A.I.F.I.C. (Association Ile de France des Implantés Cochléaires), chaque premier mardi du mois, de 11h à 14h, dans une salle algéco, face aux urgences. Une rencontre chaleureuse, animée par Françoise Lantuejoul, regroupant ce jour-là une dizaine de personnes implantées, majoritairement des femmes. Je suis le petit nouveau, qu’on accueille. J’éprouve quelques difficultés à suivre les conversations, n’étant pas encore branché. Mais le cœur y est, c’est l’essentiel. J’en profite pour devenir membre de l’association, qui compte 120 adhérents, et assurer mon implant, comme on me l’a conseillé. Car j’ai appris que cet appareil prodigieux coûte une fortune et que je n’ai guère les moyens de pouvoir le remplacer en cas de perte, de vol ou de détérioration.
Le 14 juin, je me rends à la médecine du travail de l’hôpital où je travaille – qui dépend de la DDASS – C’est cet organisme qui décidera si je peux retravailler le 4 juillet, avec un mi-temps thérapeutique. Sans le savoir, malgré mes démarches préalables, j’ai perdu un mois, croyant que c’était la Sécurité Sociale qui devait donner son accord. Ce jour-là, on envoie mon dossier en urgence à la DDASS.
 
A suivre…